Novembre 2022 - La Lettre d’Amélie n° : RETOUR EN AUVERGNE

La musique de la région pour accompagner votre lecture :



Lundi 21 Novembre 2022

Cher ami lecteur et voyageur,

Voilà bientôt un an et demi qu’a démarré cette aventure, à vos côtés, et que je suis toute à la joie de vous présenter, chapitre après chapitre, des extraits de mon livre pour vous partager en musique, la vibration d’une région, la couleur d’un territoire. 
En lien avec Olivia, nous avons approché le livre comme un film… dans un souhait d’harmonie chromatique, de résonance.

Dans une approche connectée au cœur autant qu’à ce souhait intime de ressentir comment et combien la musique apporte une dynamique à l’écriture, l’accompagne, la soutient, je ne pouvais espérer mieux qu’en démarrant par l’Auvergne, cette région qui m’a accueillie il y a treize ans déjà et que je ressens comme nulle autre pareille, unique, presque insulaire. Mois après mois, nous avons ensemble (re)traversé les Alpes, le Languedoc-Roussillon, la Provence… toujours avec cette envie de créer du lien, de la continuité, de dérouler au-delà des mots, les sensations qu’accompagnent une visite, une découverte, une rencontre.

Lorsque j’interrogeais ces derniers jours Olivia pour voir ce que nous avions envie de broder sur l’Auvergne ce mois-ci, sans tomber dans la redite (il existe en effet une lettre datée de juin 2021, la toute première, dotée de sa composition musicale qui personnellement m’a transpercée et fait l’effet d’une éruption volcanique), sa réponse :
« j’imaginerais bien des variations autour du thème musical d’Amélie » s’imposa à moi comme une évidence.

Si cela a fait immédiatement sens, c’est que son message me livrait comme par écho une autre évidence que j’ai vécue dans ma chair : hormis cette révolution intérieure que je devais connaitre en 2003 à la faveur d'un séjour à l’ashram d’Arnaud Desjardin, à l'heure de clore mon voyage et mon congé sabbatique, ce reset comme un bouleversement intérieur, une onde de choc hautement volcanique qui devait me révéler à moi-même ; je ressens combien la majeure partie du temps, la vie nous accompagne en variations autour de ce que nous sommes fondamentalement. Jamais tout à fait différents d’un mois, d’une année à l’autre, jamais tout à fait les mêmes.

Des variations autour du thème musical, central, du voyage d’Amélie... l’idée était donc belle, sobre et riche à la fois, me rendant curieuse, presque anxieuse. Nous y voici.

Et en variations, finalement, autour d’un prochain Voyage en Auvergne, 
qu’aurais-je envie de vous partager ? 
Quelles nouvelles découvertes majeures ? 
Grimpez-vous dans la bulle à mes côtés pour aller de nouveau survoler 
cette merveilleuse terre de volcans ?


Photo : Eva Bigeard

La musique originale d’Amélie, propice au voyage, nous vous la partageons avec émotion : http://www.voyageinterieur-enfrance.com/#musique


EXTRAIT du voyage en Auvergne, à la découverte des burons

Comme jadis les buronniers, en cette douce journée, je réponds à l’appel de la montagne. Tout comme les chalets d’alpage savent exciter mon imagination et mon envie de solitude, les burons m’inviteront à me blottir sous la pierre. J’y pressens l’inspiration que procure un monastère loin du bruit du monde, lieu de dépouillement où « rien ne doit distraire l’œil ».
            Dans ces montagnes, pas d’office ni de chant grégorien pour rythmer traditionnellement les journées. Ni matines ni complies. Tout au mieux, les cloches des vaches. La pierre, les hautes herbes, les grands espaces pour seules distractions, dans la complémentarité entre minéral et végétal.
            Un buron pour ouvrir simplement et pareillement en soi une page blanche, inviter le blanc au cœur de sa vie en cet instant.
            Blanc tels les bouleaux qui bordent le buron,
            Blanc pur de la création qui s’annonce,
            Blanc telle l’achillée qui gagne les prés le printemps venu,
            Blanc, telle une respiration en terre inconnue,
            Blanc d’avant les couleurs, qui précède les puissances de rêve et de magie.
            Dans cette invite, j’ai tôt fait de projeter le blanc cotonneux de la neige, des estives aux puys plus lointains. « Où va le blanc quand la neige fond ? » questionnait Shakespeare.                  Comment parfaire son vocabulaire du blanc mieux qu’au contact de la neige ? Pourtant, le vocabulaire peut se révéler pauvre : la neige, la poudreuse… ou riche. Les Inuits n’ont-ils pas dans leur répertoire plus de cinquante mots pour qualifier la neige ? Naterovaq est la neige sèche apportée par le vent ; cette même neige qui ici se pose en dunes et crée les fameuses congères qui ferment les routes quand souffle l’écir. Masaq signale par opposition la neige mouillée, qui peut tomber en petits flocons participant d’un paysage pointilliste comme en queues de lapins, invitant à chausser rapidement bottes fourrées et gants pour aller sans délai s’adonner au plaisir des batailles de boules de neige.
            Remontent mes premiers souvenirs de neige… tôt assimilée aux joies de l’hiver. La neige tel un cadeau du ciel. Mon goût pour la matière, jusque dans la texture des mets, parfois même avant le plaisir des saveurs, n’y est pas étranger. Cette matière, je garde aussi en mémoire de la voir transformer un paysage en silence.
            Or, en cette heure solitaire, la neige n’est pas, mais le blanc est bel et bien au rendez-vous au cœur même du buron. Certains y trouveront un lieu pour peindre la toile et s’autoriser la couleur peut-être. D’autres, en respirant ces cavités, y laisseront possiblement émerger un projet de vie, une envie qui réinvite et réinvente la Vie au cœur de soi.
            — La beauté de la page blanche, c’est sa promesse, l’univers des possibles. C’est l’infini en concentré, comme les rayons du soleil sur la surface d’une loupe. C’est notre pouvoir créateur dans toute sa splendeur, me partage Isabelle, croisée sur ma route.
            À nous de transformer l’énergie des rayons du soleil en flammes de l’autre côté de la loupe. La page blanche peut même rester blanche ; personne ne s’en offusquera.
            En ce buron, je trouve pour ma part un lieu pour écrire, tandis que je suis tout émue de flairer ici l’âme de la grotte. Si je devais en donner la définition pour le dictionnaire, à celui qui ne connaît pas cette terre d’Auvergne, j’indiquerais pour préalable qu’il est un lieu où pénétrer l’âme romane tout autant que l’âme pastorale de ces hautes terres du Cantal. Et pour synthèse, j’écrirais volontiers :
            Buron, n. m. : Lieu de repli où l’on se recroqueville sans honte pour mieux se déployer ensuite.
            Un buron comme un confessionnal d’où clamer sa vérité intime, celle qui porte au grand jour notre raison d’être sur Terre. Celle qui naît de la réalisation de l’essence sans forme de qui Je Suis ultimement.


Prêt.e à vous envoler ?

Vivant au sud du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne, voici que m’est offert ce plaisir de vous énoncer quelques-unes de mes (nouvelles) belles adresses, avec le cœur, du bout des lèvres, dans un chuchotement, presque comme un secret.

C’est ainsi d’ailleurs que nombre d’hôtes que nous accueillons en notre écolodge repartent, avec le sentiment d’avoir découvert une cachette et bien souvent nous livrent en guise d’au-revoir : « votre lieu, on saura le partager ». 
J’espère aussi savoir ici vous partager au mieux ces lieux chers à mon cœur.

Ces lieux, ces belles adresses reposent sur 3 piliers :

le goût de l’Art, le sens de la poésie, laissant éclore la créativité,

le goût de la Nature, une certaine gourmandise des bonnes choses, toujours dans le respect du vivant,

-  une attente de bien-vivre, avec à la clé des expériences singulières dont on appréciera le goût de l’exclusivité, du presque secret, sur le ton de la confidence.

            A quoi j’ajouterai une irrésistible envie de vous faire prendre de l’altitude, pour vous propulser à hauteur de bulle, dans le bleu du ciel.

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Qui pense Auvergne pense immanquablement volcans… souvent sans bien en appréhender les paysages, les panoramiques qui l’attendent au détour des petites routes. De ces petites routes qui recèlent tout particulièrement un goût de liberté et qu’il peut être enivrant de parcourir à moto ou en voiture décapotable, cheveux au vent. Peut-être moins à l’approche de l’hiver où d’autres l’ont parcourue à pied, cette terre, tout particulièrement du Cézallier, à retrouver dans le Cantique de l’infinistère du frère François Cassingena-Trévedy.

Vous rendre au sommet du Puy Mary, qu'on peut rejoindre à pied depuis le hameau de la Gravière, à 20 minutes de route de l'écolodge, est, sinon un incontournable, sûrement un inoubliable moment.

Si l’Auvergne est un pays de volcans, d’un volcanisme qui s’échelonne sur des millions d’années et invite à une approche géologique, elle est également une terre non moins fascinante de châteaux qui en content l’histoire à une autre échelle du temps. Du château de Val qui semble tout droit sorti d’un livre d'images pour s’inscrire longtemps dans les mémoires du voyageur comme décor onirique, en surplomb de la Vallée de la Haute-Dordogne... au château d’Anjony, parmi les plus visités, qui peaufine la carte postale de Tournemire, classé « Plus beau village de France »… de la forteresse de Murol... au château de Pesteils, décor du film « L’éternel retour » à jamais teinté de la poésie du duo Cocteau-Marais.

Si certains semblent incontournables et sont une belle invite à vous laisser conter l’Auvergne au fil de votre déambulation, le château de Cropières est proprement confidentiel. Un château dont on se chuchote l’histoire à l’oreille : Marie-Angélique de Scorrailles, duchesse de Fontanges et favorite de Louis XIV, y naquit en 1661. Haut-lieu historique, aujourd'hui menacé, il est en cours de sauvetage grâce aux ventes de livres publiés par son héritier, Christian de CHEFDEBIEN. A l’entrée du château, vous pourrez vous procurer l’un de ses récits romancés, tel « Guillemine de Fontanges » ou les aventures mouvementées de la grand-mère de la célèbre duchesse, favorite de Louis XIV, nées toutes deux à Cropières. Une carte de roadtrip à la journée vous invite, depuis l'écolodge, à le découvrir.

Ces monuments historiques présents sur l’ensemble de cette terre d’Auvergne qui m’a adoptée, font partie de son riche patrimoine. Souvent perchés sur leur éperon rocheux, les châteaux dominent les vallées verdoyantes et offrent une splendide vue sur les volcans. Ici, nature et culture se confrontent, se conjuguent.

Egalement perchés, les burons, chers à mon cœur. En guise de variation sur ce thème-là de constructions emblématiques du Cantal, outre la joie de vous partager l’acquisition récente d’un corps de buron à moins d’une heure de marche de l’écolodge, où nous aurons peut-être un jour la joie de vous recevoir, dans une approche de retraite spirituelle que j’y perçois déjà… j’ai grand plaisir à cette heure à vous partager la découverte d’un autre buron qui m’a procuré un vrai moment de plénitude : le buron de la Chambe d’où il fait bon grimper jusqu’au Plomb du Cantal.

Autre ensemble de burons restaurés : la Combe de la Saure où l’on se rend pour manger autant que pour passer un moment hors du temps, ou plutôt teinté de ce temps d’avant… qui savait s’arrêter et se vivre en partage, en échanges. Dans le pré devant, ou sous la voûte en encorbellement du XVIe siècle, il célèbre la beauté de la vallée de Brezons, reconnue par Haroun Tazzieff comme l’une des plus belles d’Europe.

Le site est impressionnant, au cœur du parc des volcans d'Auvergne, qui invite avant ou après à grimper aux puys de la Belle-Viste, de Gerbel ou de Grandval. Peut-être mieux avant... car la cuisine est ici roborative et de terroir. Le dépaysement est alors total et c’est bien là la magie première de ce lieu où une halte s’impose pour avoir définitivement le Cantal dans la peau. 

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Si la gastronomie auvergnate est toutefois souvent résumée aux pounti et truffade, quelques jolies surprises vous attendent, dans un petit village… ici, aménagé dans l’ancien presbytère du village de Coren où Emmanuel et Mathilde m’ont régalée à maintes reprises (la Cure gourmande, le nom lui va comme un gant)… là, dans l’ancienne Petite Ecole de Rilhac où la cuisine se veut récréative et où les plats se présentent comme autant de leçons de gourmandise. Pied de cochon, Saint-Jacques, pintade, fruits d’automne : les mets sont annoncés de manière brute tandis qu’ils sont apportés par Sylvie, travaillés avec amour par Lionel, dans cette ancienne classe d’une poésie sans pareille. Aux beaux jours, il est toutefois difficile de ne pas succomber à la tentation de s’installer sous le chêne… pour un repas au naturel.
Autre adresse plus classique, au Broc, dans une salle immaculée avec vue sur la terre d’Auvergne, où le caractère des vieilles pierres du château féodal se conjugue merveilleusement à des assiettes sobres, toutes en finesse (je n’oublierai jamais ce dessert tel une graminée, un tableau en soi) pour un beau, pour ne pas dire grand moment.

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Ultime coup de cœur dont Amélie n’aura pas fait l’expérience : le rendez-vous du Carnet de Voyage, chaque année à Clermont-Ferrand le 3e weekend de novembre. Voici ma manière de voyager au plus proche, dans la rencontre fascinante et l'échange avec des carnettistes de tous bords pratiquant l’aquarelle comme que la bande dessinée, le carnet traditionnel ou le carnet sonore, sensoriel à souhait. Une manifestation unique qui invite à l'émerveillement face à la beauté du monde telle que retranscrite dans sa diversité, notamment cette année lors d'un spectacle conçu pour faire entendre les voix des femmes afghanes, quand ce n'est pas le témoignage de Cédric Gras sur sa passion des confins russes, jusque dans les endroits les plus reculés de la planète. 

Pendant ce temps-là, avec Camille et Pierre, d'autres infatigables road trippers, tandis que nous terminons le dernier carnet de Voyage de l'écolodge (que nous partagerons à nos hôtes dès cette fin d'année), je me laisse traverser par la réflexion suivante que je vous partage pour ouvrir là une réflexion plus vaste sur le Voyage : 

"Depuis que nous sommes installés sur les rives du lac du Pêcher, il m’est souvent revenu ce questionnement, alors même que nous mettions les voiles… ici pour le Svalbard, là pour le Cap Vert : pourquoi voyagerais-je alors que je suis déjà arrivée ? 
Là, j’ai entendu cette capacité à réenchanter le proche, un proche qui en définitive recèle de l’infini."

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À toutes les étoiles dans le Ciel.

Aux bulles de savon de notre enfance
et à toutes les prochaines en partance vers le Ciel.

Aux notes de musique qui s’égrènent aussi en direction du ciel,
comme celles d’Olivia qui accompagne, au-delà de mes rêves,
la musique des mots, la vibration des régions.

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"Heureux qui comme Ulysse"...

Et si ensemble, à l'approche de l'Avent - qui, pour moi, est une douce période de recueillement, de temps intérieur avant l'explosion de joie à laquelle nous convie Noël - nous entreprenions un beau et courageux Voyage qui mène aux frontières du profondément humain et de l'ultimement divin... en quête de Paix et de Po-éthique ?

Merveilleuse journée,
Laurence 

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